Retour d’expérience : l’ascension à vélo de l’Alpe d’Huez, mon second classique

Pendant l'ascension vers l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.L’Alpe d’Huez, l’une des étapes dites mythiques du Tour de France. J’avais, il y a deux ans, eu assez de folie pour gravir en vélo de route le Mont Ventoux, une autre légende de ladite compétition cycliste. Toujours pas guéri dans le ciboulot, j’ai accepté la proposition d’un fabricant de tester en conditions réelles son nouveau GPS vélo. Sur un terrain difficile en l’occurrence…

L'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

L’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

L’Alpe d’Huez est perchée à 1865 m d’altitude, le dénivelé pour y accéder est d’environ 1100 m. Le parcours zizague à travers 21 virages. Ici se sont battus des grands noms du Tour de France. Imaginer seulement cela fait peur. Surtout quand on est comme moi juste un amateur, qui roule quasi-uniquement sur un VTT. Je me rappelle mon ascension du Mont Ventoux. Il y a deux ans le fabricant Polar de montres cardio-fréquencemètres y avait invité du monde pour tester concrètement la fonction altimètre (en plus du cardio) de leur RC3 GPS. En dehors de la prise en main du produit, ce qui m’intéressait alors, c’était de ressentir, ne serait-ce qu’en partie, ce que les cyclistes professionnels endurent pour gravir ce mont : une accumulation de douleurs jusqu’au sommet. Et que ce fut dur pour moi ! Même à allure réduite et ponctuée de plusieurs arrêts, cette ascension fut une galère. Heureusement, l’arrivée au sommet transforma peine en joie immense.

Vue sur Le Bourg-d'Oisans, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Vue sur Le Bourg-d’Oisans, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Bis repetita. La même marque a invité un groupe de privilégiés à tester avant sa sortie son nouveau GPS vélo. « Privilégiés », hum hum. Certes pas martyrs, mais peut-être galériens volontaires de nouveau. Avec le Ventoux, j’avais amplement satisfait ma curiosité. Mais, quelque part, avec l’Alpe d’Huez, j’avoue que pouvoir réitérer mon petit exploit personnel me tentait un peu. Dans un autre sport, on appelle cela transformer l’essai. Donc j’ai réessayé.

Au km 0 de l’ascension vers l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Au km 0 de l’ascension vers l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Vers midi, notre groupe d’amateurs, guidé par Philippe, moniteur à l’Alpe d’Huez, se retrouve au départ officiel de l’ascension de l’Alpe d’Huez. Un repère du Tour de France y est placé sur le côté de la route. L’altitude est d’environ 730 m à cet endroit. Nous avons quitté plus tôt l’Alpe d’Huez et fait à vélo un circuit d’environ 30 km pour descendre ici. Philippe parle d’échauffement… Mouais…. Bref, on est bien chaud, d’autant que la pluie du matin a laissé place à un temps ensoleillé. Philippe nous donne ses ultimes conseils. Faire mollo-mollo au début de l’ascension, dans les quatre premiers kilomètres, où se trouvent des pentes bien raides. Cela correspond aux informations lues auparavant : l’Alpe d’Huez, c’est surtout dur dans la première partie de l’ascension. La veille, dans le bus qui nous amenait tout là haut, nous avions été plus d’un à croire que cela allait être très difficile! Le matin, avant le départ, pendant le petit déjeuner, un confère avoua qu’il avait gambergé un peu avant de dormir. Un autre nous apprit qu’il avait eu recours à un tranquillisant afin de trouver son repos. J’avais aussi pensé aux difficultés de l’ascension à venir, mais n’ayant dormi qu’environ deux heures la veille, mon sommeil était vite arrivé.

Dès le début de la montée vers l'Alpe d'Huez, le cardio-fréquencemètre s'emballe, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Dès le début de la montée vers l’Alpe d’Huez, le cardio s’emballe, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Bref, au pied du mur, j’ai laissé les autres filer en premier. Bardé d’un appareil photo que j’ai en testé et porté en bandoulière, équipé de deux smartphones, je voulais prendre des images avant de débuter. Dès la veille, je m’étais permis d’avertir mes tout nouveaux followers de la toute jeune appli d’émission vidéo live Periscope. Ayant informé le monde entier, (juste une centaine de personnes seulement pour être honnête…), je ne pouvais encore moins faire machine arrière. J’ai reçu en retour des mots d’avertissement et même une prière ! Amine.

Au début de la montée vers l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Au début de la montée vers l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Je démarre, il fait chaud, j’ai une veste que je ne peux mettre ailleurs qu’au tour de ma taille. Sur mon casque est fixé une action cam (la Garmin Virb Elite, testée ici sur HTO). Avec l’appareil photo en bandoulière et l’un des smartphones que je sors régulièrement pour faire des photos en roulant, je le concède, je dois ressembler à un zouave parti au combat. Rien d’ergonomique, du 100 % futile, inutile pour faire une « perf ». Mais bon, quand on tient un blog, qu’on veut égayer un peu le lecteur (sympa, je crois) que vous êtes, il faut ramener des images. Je n’ai pas une moto avec un caméraman qui me suit, moi! Bon, et après tout, coureur très amateur et photographe professionnel (quoique faire des photos au smartphone en roulant…), c’est permis, non?

Bref je me concentre quand même un minimum sur ma course. La circulation sur la route est assez dense. Des voitures, des bus et même des camions. Et beaucoup de cyclistes passent. Les uns se dirigent plus ou moins vite vers le sommet, les autres descendent après l’avoir atteint. Parmi eux, il y a beaucoup de Hollandais, venus ces jours-ci courir pour une bonne cause, un telethon de chez eux destiné à aider les malades du cancer. C’est un événement annuel, qui a lieu chaque année à l’Alpe d’Huez! Bigre qu’ils sont nombreux dans la station rouverte en ce moment que pour eux, m’a-t-on confirmé à l’hôtel.

Donc je monte, et ma vitesse de pédalage, très lente, ne tarde pas à confirmer les informations reçues : les pentes sont très ardues. Et déjà mes limites semblent atteintes : au bout de quelques minutes seulement je dépasse 190 battements par minute ! C’est rare mais c’est le cas : je sens littéralement mon cœur tonner dans ma poitrine ! Je ne m’affole pas mais quand même… L’entrée en matière est donc ardue. Cependant, avoir en tête que seules les quatre premiers kilomètres sont les plus éprouvantes m’aide à résister. Je ne dirais pas plus facilement mais mieux. Donc, j’avance, je vois sur l’écran du GPS la fréquence cardiaque diminuer de quelques unités. Elle descend sous la barre des 190, puis 180. Moi, je gagne en altitude. A chaque virage, un panneau marque le nombre total de virages restant. Je dépasse la distance de 4 km. Est-ce un seul qui indique un véritable changement topographique ? Qu’importe, il reste 10 km. Mais mon cœur bat moins la chamade. Je suis motivé pour tenir le coup. Rouler si lentement et si difficilement rend modeste. Sur mon parcours, j’ai vu un homme d’au moins une cinquantaine d’années me dépasser, visiblement sans peine. Un ado a fait de même : il m’avait tout l’air d’un Hollandais, ce petit-là! Une femme, une mère, m’a « déposé », avec mot d’encouragement et sourire en prime. Je n’ai même pas essayé de faire le fier. Plus tard, cette petite portion de Finlandaise qui travaille chez Polar m’a appris qu’elle pratique plusieurs sports d’aventure et s’active ainsi depuis son enfance…

Ma monture, un vélo prêté, un Look 675, au km 7 de l'ascension vers l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Ma monture provisoire, un Look 675, au km 7 de la montée vers l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Arrivé au kilomètre 7, au milieu du parcours, j’ai mis pied à terre. Cela m’a permis certainement de reprendre mon souffle. Mais là, c’est le panorama s’offrant à mes yeux qui m’a donné envie de prendre des images avec mon smartphone et mon appareil photo tout terrain (un Olympus Tough TG4 dont je compte bien publier le test sur HTO). Et je voulais faire un cast, une retransmission avec cette appli Periscope : des images que j’ai partagées avec mes followers et autres spectateurs de passage sur Internet. Cela a apparemment plu. J’ai reçu d’autres encouragements et des félicitations anticipées pour cette épreuve dont la seconde partie restait encore à accomplir. Je suis quand même resté plus d’une vingtaine de minutes à prendre des images. Puis ai repris le chemin, avec, c’est vrai, le bénéfice d’une pause musculaire.

Capture d'écran de la diffusion vidéo live de l'appli Periscope au milieu de la montée vers l'Alpe d'Huez.

Capture d’écran de la diffusion vidéo live de Periscope au km 7 de la montée vers l’Alpe d’Huez.

Vue de la vallée, au km 7 de l'ascension vers l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Vue de la vallée, au km 7 de l’ascension vers l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Il ne me reste plus que la moitié du parcours, je gagne en confiance. Mais les pentes n’en sont pas pour autant faciles. Tout le long, plusieurs fois, des spectateurs assis sur le bord de la route m’encouragent. En anglais, mais plusieurs fois aussi en néerlandais. Je ne comprends pas les mots. Mais dits avec le sourire et un visage avenant, ils ne laissent pas de doute sur leur caractère amical.

Lors de l'ascension vers l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Lors de l’ascension vers l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Lors de l'ascension vers l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Lors de l’ascension vers l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Bientôt le nombre de virages descend sous la barre de dix. Je continue, dès que possible, à prendre des photos. Les Hollandais me voient passer. Continuent de me saluer et de m’encourager. Plus que 5 puis 4 virages à faire. J’ose déjà une comparaison avec la montée du Ventoux. Je suis fatigué mais j’ai l’impression que l’épreuve du jour est quand même moins infernale. Est-ce due à une distance plus réduite, à un meilleur état physique? Ou est-ce le vaccin reçu dans la douloureuse montée du Ventoux qui me rend moins faible. Qu’importe, ouf, j’arrive à l’entrée de l’Alpe d’Huez. Un panneau indique un trajet spécial Tour de France, celui-là même que les coureurs professionnels empruntent.

A l'entrée de l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

A l’entrée de l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Panneau indiquant l'itinéraire emprunté par le Tour de France à l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

Panneau indiquant l’itinéraire du Tour de France à l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

D’ultimes pentes m’attendent, elles montent bien. A quelques centaines de mètres, je ne m’imagine pas faillir pour atteindre le but. Je prépare mon arrivée, lance de nouveau Periscope. Des témoins assisteront au moins à mon arrivée. La ligne est franchie. L’Alpe d’Huez, je l’ai gravie. A une cadence de sénateur.

Moctar KANE.

A l'arrivée de l'ascension de l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

A l’arrivée de l’ascension de l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

En haut de l'Alpe d'Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

En haut de l’Alpe d’Huez, 02 06 2015, Ph. Moctar KANE.

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3 réflexions au sujet de « Retour d’expérience : l’ascension à vélo de l’Alpe d’Huez, mon second classique »

  1. Bonjour,

    Bravo pour votre montée.
    Ce qui compte ce n’est pas l’hypothétique record mais la satisfaction de l’avoir fait.
    Le 08/09 j’y vais et je penserai à vous.
    Votre récit est un témoignage au « possible » qui rend plus heureux le cyclo lambda qui ne se prend pas pour un champion. j’espère que beaucoup auront enver de tenter après vous avoir lu.

    FD

    • Bonjour Florencio,

      Je suis désolé de cette réponse tardive. Mais je tenais à vous remercier. J’espère que votre ascension de cette Alpe d’Huez s’est bien déroulée. De toute façon, de ce que je lis, vous aviez déjà parcouru une bonne partie du chemin dans votre tête. Une autre façon de s’élever.

      Au revoir.

      Moctar.

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